Deux hommes en costume d'époque jouent au trictrac à la chandelle, dans une salle tendue de tapisseries avec cheminée
Variante du backgammon

Trictrac : le jeu de tables historique français

Qu'est-ce que le tric trac ?

Le trictrac est le grand jeu de tables de la France d'avant la Révolution — et, point important pour le lecteur moderne, ce n'est pas le backgammon sous un autre nom. Bien qu'il se joue sur le même type de plateau, avec quinze pions et deux dés par camp, le trictrac est un jeu fondamentalement différent : le but est d'accumuler des points en marquant des positions et des coups remarquables, les célèbres jans, plutôt que de faire courir ses pions jusqu'à la sortie. Les parties de trictrac se terminent couramment avant qu'aucun pion n'ait quitté le plateau.1

GamesGrid propose exclusivement le backgammon moderne.

Pendant plus de deux siècles, le trictrac a été le jeu aristocratique de la France, codifié dans des traités, meublé en marqueterie et tissé dans le vocabulaire national. Cette page couvre ses règles dans les grandes lignes, son ascension et son déclin, et son successeur plus simple, le jacquet — c'est aussi la page de référence du site pour le jacquet. Pour la famille de jeux dans son ensemble, voir la page d'histoire ; pour le jeu moderne que les Français jouent aujourd'hui, voir la page des règles du backgammon.


Ce que le trictrac est — et n'est pas

Le trictrac appartient à la famille des jeux de tables aux côtés du backgammon, du tavla, du tavli et du nardi, mais il occupe une branche à lui. Les différences décisives avec le backgammon :

CaractéristiqueBackgammonTrictrac
ButSortir ses 15 pions en premierAccumuler des points en marquant des jans
FrappeLes blots sont frappés et envoyés sur la barrePas de frappe réelle — la possibilité de frapper rapporte des points
DoublesJoués quatre foisJoués une seule fois
Fin de partieToujours par la sortie (ou abandon/videau)Souvent avant qu'aucun pion ne quitte le plateau
Unité de décomptePoints par partie (videau, gammons)Points → trous, matchs en 12 trous

Le trictrac se comprend le mieux comme un jeu de marquage de positions joué avec le matériel des jeux de tables : le plateau est un paysage de scores, et déplacer ses pions est le moyen de créer des situations marquantes plutôt qu'une fin en soi.12


Plateau et position de départ

Chaque joueur commence avec ses 15 pions empilés sur sa propre première flèche, appelée le talon.3 Le plateau est le plateau de tables familier à 24 flèches, traditionnellement équipé de fiches et de trous le long des bandes pour marquer les trous — la plus grande unité de décompte du jeu — si bien qu'une vraie table de trictrac se reconnaît au premier coup d'œil à son dispositif de marque.

Position de départ du trictrac sur un plateau en marqueterie : les quinze pions de chaque joueur empilés sur son propre talon, les deux talons face à face au même bout du plateau
La position de départ : les quinze pions sur le talon. Les deux talons se font face au même bout du plateau ; chaque joueur avance le long de son propre côté jusqu'au coin de repos, puis revient le long du côté adverse. Les rangées de trous le long des bandes marquent les trous.

Comment se joue le trictrac

Les deux joueurs lancent et déplacent leurs pions selon les dés, comme dans les autres jeux de tables, mais avec deux écarts structurels :

Le jeu devient ainsi un échange continu de revendications de points : chaque tirage est examiné pour les jans et les occasions de battre qu'il crée, les points sont annoncés et marqués, et les pions avancent — souvent lentement, et souvent sans jamais aller jusqu'à la sortie avant que le match ne soit décidé aux points.


Les jans, les trous et la bredouille

Les situations de marque du trictrac forment collectivement les jans — un catalogue codifié de positions et d'événements de dés, chacun valant un nombre fixe de points. Parmi eux :

Les points se convertissent dans la plus grande monnaie du jeu à un taux fixe : 12 points font 1 trou, marqué avec les fiches sur la bande. Un match se joue en 12 trous, si bien qu'un match complet représente jusqu'à

12×12=14412 \times 12 = 144

points de marque accumulés. La fioriture la plus célèbre est la bredouille : un joueur qui marque ses 12 points consécutivement, sans que l'adversaire marque entre-temps, marque deux trous au lieu d'un.132 Gérer la bredouille — protéger sa propre série ininterrompue, ou casser celle de l'adversaire — est une couche stratégique sans aucun équivalent au backgammon.

Deux exemples de marque

Le trictrac se comprend plus facilement à partir d'une position que d'un livre de règles. Dans les deux exemples, Blanc joue depuis le talon en bas à gauche le long du bas du plateau ; les flèches sont comptées du talon (T) jusqu'au coin de repos (11).

Exemple de marque au trictrac : un pion turquoise isolé sur la flèche 4 de Blanc peut être battu depuis le talon avec un 4 et depuis la flèche 2 avec un 2 — Blanc marque 8 points
Battre à vrai. Blanc tire 4-2. Le blot turquoise sur la flèche 4 de Blanc est battu directement par un 4 depuis le talon et par un 2 depuis la flèche 2 : deux façons, par simples, dans le petit jan — 4 points chacune, 8 points en tout. Le blot n'est pas retiré ; Blanc marque les points et joue le tirage.

Une frappe dans le petit jan (la première table, de T à 5) vaut 4 points par simples et 6 par doubles ; une frappe dans le grand jan (de 6 à 11) vaut 2 par simples et 4 par doubles.1 Chaque façon d'atteindre le blot compte séparément, ce qui explique qu'un seul tirage puisse valoir 8 ou même 12 points.

Exemple de marque au trictrac : Blanc a deux pions sur le talon et sur les flèches 1 à 4 et un pion sur la flèche 5 ; un 5 depuis le talon complète le plein du petit jan pour 4 points
Plein (jan de remplissage). Blanc tire 5-2. Jouer le 5 depuis le talon met un second pion sur la flèche 5, si bien que les six flèches du petit jan portent désormais deux pions ou plus : le plein est fait, 4 points par simples (6 par doubles). Chaque tirage ultérieur qui garde le plein intact marque à nouveau.

Remplir une table — au moins deux pions sur chacune de ses six flèches — c'est le plein. Le faire vaut 4 points par simples ou 6 par doubles, et il en va de même pour chaque tirage qui le préserve, ce qui fait d'un petit jan bien construit une source régulière de points.1


Histoire : le jeu aristocratique de la France

Le mot trictrac est attesté pour la première fois au début du XVIe siècle — Wikipédia en français cite une lettre de Machiavel de 1513 — et les règles du jeu ont été codifiées dans le traité de Jollivet de 1634.3 Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le trictrac a régné comme le jeu aristocratique de la France : le jeu de salon de l'Ancien Régime, avec sa propre littérature, ses maîtres et ses tables d'ébénisterie.

La Révolution l'a interrompu sans le tuer ; le trictrac a connu un regain sous la Restauration (après 1815) avant d'entrer dans un long déclin au cours du XIXe siècle. Sur la date de sa mort comme tradition vivante, les sources divergent, et la réponse honnête est une fourchette : certaines placent son extinction effective à la fin des années 1800, d'autres dans le premier quart du XXe siècle.13 Quoi qu'il en soit, au début du XXe siècle, le trictrac ne survivait plus que dans les livres et les meubles anciens.


Le jacquet : le successeur du trictrac

Ce qui a remplacé le trictrac sur les tables françaises, c'est le jacquet — un jeu de course bien plus simple, que cette section couvre comme référence du site pour le jacquet.

Le jacquet est apparu vers 1800 (il est attesté à partir de 1827, et pourrait être arrivé par l'Espagne ou la Catalogne).4 Ses marques de fabrique :

Le jacquet a supplanté le trictrac dans les foyers au cours du XIXe siècle, en offrant aux joueurs occasionnels l'expérience des tables sans le code de marque rébarbatif du trictrac. Il est resté le jeu de tables français standard jusque vers les années 1960–70, quand le backgammon anglo-américain — avec son videau et sa scène internationale de tournois — a supplanté le jacquet à son tour.4


« Tric trac » en français moderne

Une mise en garde contre une erreur fréquente : les joueurs français modernes appellent le jeu moderne « backgammon », en utilisant le nom anglais. Le terme « tric trac » ne survit que comme étiquette vieillie ou familière, ou comme terme historique — parfois appliqué au plateau lui-même plutôt qu'à un jeu qu'on y joue.3 Ce n'est pas le mot français courant pour le backgammon, et un texte encyclopédique ne devrait pas le présenter ainsi.


Le trictrac et GamesGrid

GamesGrid documente le trictrac et le jacquet dans le cadre de sa couverture de référence de la famille historique des jeux de tables, aux côtés de la page d'histoire et des pages sur le tavla, le tavli et le nardi. La plateforme de jeu GamesGrid est centrée sur le backgammon standard.

Questions fréquentes sur le trictrac

Le trictrac est-il le même jeu que le backgammon ?

Non. Le trictrac est un jeu de tables français distinct dont le but est d'accumuler des points en marquant des positions et des coups — les jans — plutôt que de courir jusqu'à la sortie. Les parties se terminent souvent avant qu'aucun pion n'ait quitté le plateau.

Comment fonctionne la frappe au trictrac ?

Il n'y a pas de frappe réelle. Quand ton tirage te donne la possibilité de frapper un blot ennemi, tu marques des points pour cette possibilité — l'acte appelé battre — et le blot reste sur le plateau.

Que sont les trous et la bredouille ?

Douze points font un trou, marqué avec des fiches sur la bande du plateau, et les matchs se jouent en 12 trous. Un joueur qui marque ses 12 points consécutivement, sans que l'adversaire marque entre-temps, réalise la bredouille et marque deux trous au lieu d'un.

Qu'est-ce que le jacquet et quel est son lien ?

Le jacquet est le jeu de course français plus simple apparu vers 1800 (attesté en 1827, peut-être par l'Espagne ou la Catalogne). Il se caractérise par un déplacement dans le même sens et la règle du pion de tête, le postillon ; il a supplanté le trictrac dans les foyers et a duré jusqu'à ce que le backgammon anglo-américain le remplace vers les années 1960–70.

Les Français appellent-ils le backgammon « tric trac » aujourd'hui ?

Non. Le français moderne utilise le nom anglais « backgammon ». « Tric trac » ne survit que comme étiquette vieillie, familière ou historique, désignant parfois le plateau lui-même.


Voir aussi


Footnotes

  1. Wikipedia, « Trictrac ». ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8

  2. Backgammon Galore, « Trictrac » — bkgm.com/variants/Trictrac.html. ↩ ↩2 ↩3

  3. Wikipédia (en français), « Trictrac ». ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8 ↩9

  4. Wikipédia (en français), « Jacquet (jeu) ». ↩ ↩2 ↩3

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